Santé du réseau de la santé et des services sociaux
Les réorganisations massives des 30 dernières années ont bouleversé le réseau de la santé et des services sociaux. Le personnel s’en trouve épuisé, ce qui contribue à sa détresse. Pourtant, il est possible de démocratiser le réseau de la santé et des services sociaux tout en améliorant les services à la population.

Le 1er octobre, cessons le brassage de structures et donnons-nous les moyens de remettre sur pied le réseau de la santé et des services sociaux.
Instaurons un moratoire sur toute forme de réorganisation des services
On ne compte plus les réformes structurelles imposées au réseau de la santé et des services sociaux. Virage ambulatoire, loi 30, loi 10, OPTILAB, etc. Malheureusement, pendant qu’on ne s’intéresse qu’aux structures, les problèmes concrets auxquels fait face le réseau sont ignorés. Grâce aux témoignages de ses 55 000 membres, l’APTS est à même de constater que cette surenchère de réorganisation ne parvient à améliorer ni la qualité des services, ni leur accessibilité. C’est pour cela qu’un moratoire sur les réorganisations s’impose afin de consolider les équipes qui donnent des soins et des services et d’offrir au réseau quelques années de stabilité pour pouvoir se reconstruire.

Respectons les forums de consultation entre établissements, ministère et syndicats
Pour l’APTS, il faut étendre la place de la démocratie dans le réseau de la santé et des services sociaux. Il est important de revaloriser les espaces de débat citoyen, de permettre une plus grande représentativité au sein des conseils d’administration (CA), de ne pas imposer d’en haut des objectifs irréalistes, etc. Il est également indispensable de respecter les forums de consultation dans lesquels le personnel du réseau peut s’exprimer. Nous sommes curieux d’entendre ce que les partis politiques ont à proposer au sujet de cet enjeu lors de la campagne électorale qui s’amorce.
Finançons adéquatement le réseau en instaurant un régime d’assurance médicaments public 
Les Québécois·es paient trop cher pour leurs médicaments. Près de 9% des adultes ne font pas exécuter leur ordonnance faute de moyens financiers. Quand on se compare au reste du Canada ou aux autres pays développés, on constate que nous dépensons per capita de 16% à 63% plus pour des médicaments. Et les dépenses annuelles des ménages québécois consacrées aux primes pour les régimes privés d’assurance maladie sont passées de 613$ en 2010 à 987$ en 2016. Une hausse de 61% en seulement six ans! Pour changer cela et économiser des sommes substantielles, pourquoi ne pas mettre en place un régime d’assurance médicaments entièrement public et universel?

L’État, qui deviendrait l’unique acheteur de médicaments de la province, aurait alors un bien meilleur rapport de force pour négocier les prix avec ses fournisseurs. Pour l’ensemble des Québécois·es, il est question d’une économie totale de 3,8 G$. Pour l’État, cette réforme permettrait de retirer des livres publics les 2,5 G$ que le gouvernement doit transférer annuellement à la RAMQ. À ce titre, l'APTS demande aux partis politiques s’ils comptent instaurer un régime entièrement public et universel d’assurance médicaments.
Mettons les établissements de santé à l’heure du développement durable
L'urgence d'agir pour lutter contre les changements climatiques fait largement consensus, autant dans la population que chez les experts. À la suite de la signature de l'Accord de Paris, la cible à atteindre est claire : il faut au moins limiter le réchauffement planétaire en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels. C'est dans ce contexte préoccupant que l'APTS veut rappeler aux partis qui aspirent à former le prochain gouvernement que des gestes tangibles peuvent et doivent être posés afin d'assurer aux prochaines générations un environnement sain. Dans le réseau de la santé et des services sociaux, des actions concrètes peuvent être prises, notamment au niveau de la gestion des matières résiduelles (GMR). Les établissements du réseau pourraient, en raison de l'étendue de leur mission et des populations qu'ils desservent, devenir d'importants agents de changement en ce domaine. On peut également faire pression sur la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) afin qu'elle désinvestisse des énergies fossiles les fonds qui lui sont confiés par les Québécois·es. En tant que déposants, les membres de l'APTS peuvent faire pression de deux manières : sur la CDPQ elle-même et sur le gouvernement, qui a le pouvoir de définir la mission de cette dernière.
Attaquons-nous à la rémunération des médecins
Le sous-financement du réseau de la santé et des services sociaux est chronique. Pourtant, cela n’empêche pas le gouvernement de consentir des hausses spectaculaires de rémunération aux médecins du Québec. Avec 113% d’augmentation entre 2007-2008 et 2017-2018, ceux-ci ont rattrapé et même dépassé le niveau de rémunération de leurs collègues ontariens. Ceci n’est pas anodin car les hausses des dernières années ont été consenties sous prétexte de combler un écart avec l’Ontario. Comblé, ce décalage s’accentue désormais à l’avantage des médecins québécois, ce qui a coûté au trésor public 913 M $ l’an dernier. Pour l’APTS, une telle situation est inacceptable. Pendant que l’on manque de ressources pour tout, les médecins s’arrogent maintenant plus de 20% du budget de la santé et des services sociaux. Nous demandons donc aux différents partis politiques ce qu’ils comptent faire pour abolir cette injustice et réinvestir dans les soins et les services.
Luttons contre les paradis fiscaux afin de mieux financer le réseau
Les paradis fiscaux sont les véritables plaques tournantes d’une économie parallèle. Selon le Fonds monétaire international (FMI), c’est environ 50 % de l’économie mondiale qui transige par ces zones opaques connues du grand public pour faciliter l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent. Souvent associés à des îles tropicales, les paradis fiscaux permettent en effet aux multinationales et aux plus riches de ne pas payer d’impôt, réduisant d’autant notre capacité collective à financer les services publics. Selon une évaluation récente de l’Agence du revenu du Canada (ARC), l’évasion fiscale coûterait au gouvernement fédéral entre 9,5 G $ et 11,7 G $ par année. Pour le Québec, cette évaluation montre que c’est annuellement de 1,7 G $ à 2 G $ qui n’aboutissent pas dans le trésor public. Une lutte efficace contre les paradis fiscaux est donc plus que nécessaire. En ces temps de restriction budgétaire, il est primordial pour l’APTS que tous et toutes participent à hauteur de leurs moyens au financement des services publics. Lutter contre les paradis fiscaux, c’est travailler à rétablir le financement du réseau de santé et de services sociaux. Pour cela, nous demandons aux partis politiques de s’engager à combattre ce fléau sans plus attendre.