Réinvestissons dans le réseau
Le réseau de la santé et des services sociaux traverse une période de turbulences : fermetures de lit, abolitions de poste, alourdissement des cas, « normalisation » de la surcharge de travail du personnel, allongement des listes d’entente, etc.

La question est de savoir si les ressources financières attribuées au réseau ont été suffisantes pour que celui-ci maintienne ses activités. Selon les données fournies par le ministère des Finances lors du dépôt du dernier budget du Québec, les dépenses de missions associées à la santé et aux services sociaux s’élèvent à 42 G(1)$. Cependant, cette somme ne permet pas d’isoler les fonds rendus disponibles aux établissements afin de donner des services à la population. Pour cela, nous pouvons utiliser des données que le ministère des Finances associe au programme « Services à la population »(2).

Lorsque nous ajustons les données disponibles afin de tenir compte de l’abolition du Fonds de financement des établissements de santé et de services sociaux (FINESSS) (3) en 2017, nous arrivons aux estimations suivantes : les dépenses imputables au programme « Service à la population » ont grimpé en moyenne de 3,9 % par année entre 2013-2014 et 2018-2019(4).

Pour estimer la valeur de cette augmentation, il faut la comparer à l’évolution des coûts de système, soit la croissance annuelle des dépenses nécessaire à la reconduction du financement des services. Ces coûts de système ont été évalués à 5,2 % par le Conference Board du Canada dans un rapport produit pour le compte du Conseil de la fédération(5).

Pour répondre aux besoins de la population, il faudrait minimalement s’assurer de la couverture des coûts de système. Cela pourrait permettre de réinvestir massivement dans les soins de première ligne, en hébergement, en services à domicile, dans les centres jeunesse et dans les centres de réadaptation.

Les conséquences

Lorsque les dépenses en santé et en services sociaux ne suivent pas les coûts de système, cela a de fâcheuses conséquences sur les services à la population. Les membres de l’APTS le constatent tous les jours. Dans les centres de réadaptation en déficience intellectuelle et trouble du spectre de l’autisme, on ne compte plus les fermetures de centres de jour et de plateaux ou d’ateliers de travail devant permettre la participation et l’intégration des personnes handicapées.

Les centres d’hébergement en viennent à manquer de personnel(6), ce qui amoindrit la qualité de l’encadrement offert et participe à créer un climat propice aux incidents violents. Ne pas financer adéquatement les services engendre également des fermetures de lit, comme c’est arrivé au Centre de réadaptation en dépendance de Montréal.

Les impacts concrets ne manquent pas. Pour un enfant, les délais d’attente pour obtenir un diagnostic d’autisme peuvent atteindre jusqu’à trois ans. Une éternité durant laquelle, en plus de vivre de difficiles moments d’incertitude, l’enfant et ses parents ne reçoivent ni aide ni soutien.

Nous pourrions aussi citer la diminution du nombre d’heures par semaine offertes en services à domicile à des personnes qui pourtant n’ont pas connu d’amélioration de leur condition clinique, ou encore la réduction du temps qu’un·e professionnel·le peut passer avec un·e usager·ère lors d’une consultation.

Mentionnons également le cas des centres jeunesse, qui ont fait face à une hausse de 10 % des signalements devant être traités entre 2013 et 2017, mais qui n’ont reçu qu’une maigre augmentation de 6,8 % de leur financement(7).

Pour l’APTS, il faut impérativement augmenter le financement accordé au réseau de la santé et des services sociaux. Dans le contexte électoral actuel, nous demandons aux différents partis politiques de clarifier leurs intentions à ce sujet et de nous indiquer, plus spécifiquement, ce qu’ils comptent faire afin de mieux financer les soins de première ligne, les centres d’hébergement, les services à domicile, les centres jeunesse et les centres de réadaptation.

NOTES
1.  Statistiques budgétaires du Québec, Gouvernement du Québec, mis à jour le 27 mars 2018.
2. Budget des dépenses 2018-2019 : Crédits des ministères et des organismes, Gouvernement du Québec, 2018, p. 163. À la page 165 de ce document, ce programme est défini ainsi : « Ce programme vise à assurer à la population les services favorisant l'atteinte des objectifs définis par la politique de la santé et du bien-être qui répondent aux besoins qui touchent l'ensemble de la population ou à des problématiques particulières. »
3. GODBOUT, Luc et TÉTREAULT, Maryse, La contribution santé, de sa création à son abolition : quels constats en tirer?, CFFP, Université de Sherbrooke, 2018.
4. Comptes publics volume 2 – Renseignements financiers sur le Fonds consolidé du revenu : Fonds général et Fonds spéciaux, Gouvernement du Québec, 2013-2014 à 2016-2017; Budget des dépenses : Crédits des ministères et des organismes, Gouvernement du Québec, 2017-2018 et 2018-2019; Comptes de la santé du ministère de la Santé et des Services sociaux, Gouvernement du Québec, 2013-2014 à 2017-2018.
5. Le plan économique du Québec : Pour une juste part du financement fédéral en santé, fascicule compris dans le Budget du Québec 2017-2018, Gouvernement du Québec, 2017, p. 11.
6. Rapport annuel d’activités 2016-2017, Protecteur du citoyen, 2017.
7. « Un réinvestissement réclamé dans les services », Agence QMI, 24 mars 2018.