Réinvestissons dans les soins de psychothérapie  

Considérant qu’une personne sur cinq sera confrontée à un trouble de santé mentale au cours de sa vie(1), et que les coûts associés sont énormes pour notre société, il est légitime que l’État mette en place les structures nécessaires afin d’assurer un accès équitable aux soins en santé mentale à l’ensemble de la population.

Les CLSC, assurant des services de proximité, sont délaissés au profit des GMF, qui ne permettent pas une réelle interdisciplinarité entre les professionnel·le·s et les technicien·ne·s travaillant dans le domaine de la santé mentale. De plus, les GMF ont davantage une vision curative, où la responsabilisation et l’individualisation du rétablissement de la personne priment, au détriment de la prévention et de l’éducation. Les CLSC, quant à eux, s’insèrent dans une vision plus démocratique de l’accessibilité aux soins de santé mentale de première ligne.

Par ailleurs, les délais d’attente pour recevoir des soins peuvent atteindre jusqu’à un an dans le système public(2), alors qu’il est connu que les troubles de santé mentale non traités se chronicisent et s’exacerbent, entraînant des conséquences personnelles, sociales et économiques indéniables(3). Dans le privé, il suffit généralement de deux semaines avant pour d’être pris·e en charge(4). Il est clair qu’un système à deux vitesses s’est installé entre les personnes en mesure de payer des services dans le privé et celles n’ayant accès qu’à ceux offerts au public. N’est-ce pas là l’exemple parfait de l’iniquité des soins en santé mentale?

À l’APTS, nous exigeons des investissements en santé mentale dans le système public pour permettre d’ajouter des postes à temps complet de professionnel·le·s et de technicien·ne·s (personnes psychologues, travailleuses sociales, sexologues, etc.). Ces embauches sont nécessaires car nous observons une pénurie dans plusieurs régions du Québec, qui engendre une accessibilité à géométrie variable. Nous voulons des conditions de travail favorisant l’attraction et la rétention du personnel dans le réseau public de la santé et des services sociaux.

Nous voulons également que le modèle des CLSC soit priorisé, car ce dernier permet l’arrimage et l’interdisciplinarité des professionnel·le·s et des technicien·ne·s, sans compter qu’il offre la possibilité de tisser des liens de proximité avec les organismes communautaires, qui ont généralement des contacts plus directs avec les groupes vulnérables aux prises avec des problèmes de santé mentale (personnes itinérantes, toxicomanes, etc.).

Accès à des soins de psychothérapie

Nous estimons qu’il est crucial de garantir l’accès à des soins de psychothérapie gratuits dans le système public de santé et de services sociaux. En raison des conditions de travail et du manque de financement, seul le « tiers des professionnels habilités à offrir de la psychothérapie pratiquent dans le secteur public(5)». C’est entre autres pour cela que l’APTS prône une amélioration des conditions de travail de ces professionnel·le·s et technicien·ne s. À titre d’exemple, leur autonomie professionnelle ne doit pas être restreinte par un nombre limité de séances, par des approches thérapeutiques imposées ou par des impératifs budgétaires limitant le temps direct consacré aux patient·e·s. Le personnel offrant des services de psychothérapie devrait avoir la latitude décisionnelle nécessaire pour décider de ce qui est le mieux pour les patient·e·s. Offrons des conditions adéquates et un environnement propice à nos membres pour exercer leur profession à l’intérieur du système public de santé et de services sociaux.

Avec les élections qui approchent, l’APTS demande aux partis politiques ce qu’ils comptent faire pour augmenter la prise en charge de la santé mentale de la population.


NOTES
1. Lesage, V. Émond, Surveillance des troubles mentaux au Québec : prévalence, mortalité et profil d’utilisation des services. Institut national de santé publique du Québec, Surveillance des maladies chroniques, numéro 6, 2012.
2. Fédération médicale étudiante du Québec, Investir en psychothérapie : Un geste qui rapporte, 2016
3. FRESQUE, Améliorer l’accès aux soins de santé mentale, Recommandations au ministère de la Santé et des Services sociaux pour l’amélioration de l’accès aux soins de santé mentale, 2017, 44 p.
4. Idem.
5. Institut National d’Excellence en Santé et en Services Sociaux, Avis sur l’accès équitable aux services de psychothérapie : Volet I – Examen des données probantes sur l’efficacité et le coût de la psychothérapie comparativement à ceux de la pharmacothérapie dans le traitement des adultes atteints de troubles anxieux et dépressifs, 2015.