Violence au travail | Mettre fin au silence

8 janvier 2018
Violence au travail | Mettre fin au silence
Caroline* est éducatrice spécialisée dans un centre jeunesse. En activité de groupe elle tente de pacifier Jonas*, qui lance des objets à un autre jeune. Comme elle s’approche, elle se fait cracher en plein visage. C’est assez!

Par Pierre Naud, coordonnateur au secteur de la santé et sécurité du travail et du développement durable

La crise passée, elle demande à son employeur de remplir le registre des incidents et des accidents puisqu’elle sait que le syndicat recommande de déclarer toutes les situations de ce genre. L’employeur lui répond qu’elle n’a pas à faire quoi que ce soit car «c’est normal, cela fait partie de l’emploi». Quoiqu’en pensent ses collègues et son superviseur, elle insiste pour faire sa déclaration, et ce, à bon droit.

Le registre des incidents et des accidents contient les déclarations de toutes les situations pouvant constituer des lésions. S’agit-il ici d’une lésion? L’impact émotionnel de l’événement en décidera, mais toute situation doit être déclarée en vertu d’un droit prévu à la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles. Faire une déclaration ne prend que quelques minutes. Ce registre doit être mis à la disposition du personnel. Il constitue un outil précieux pour prévenir la violence en milieu de travail. Les événements qui y sont consignés peuvent entraîner plusieurs conséquences négatives pour les personnes concernées : état de stress aigu, épuisement professionnel, perte d’empathie, absentéisme, arrêt de travail et roulement de personnel. Or on estime qu’un événement sur quatre seulement serait déclaré.

violence finAu Québec, c’est le personnel de la santé et des services sociaux qui est le plus affecté par les lésions attribuables à la violence en milieu de travail, avec 32,8% des lésions déclarées et acceptées en 2015, tous secteurs confondus. En interprétant les données du personnel professionnel et technique, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a constaté que les éducateur·trice·s «affichent un nombre de lésions pour violence plus élevé que la moyenne» et que la violence en milieu de travail se retrouve dans les centres hospitaliers psychiatriques et les centres jeunesse, ainsi que dans les centres de réadaptation en déficience intellectuelle et dans ceux en dépendance. Le sondage de l’APTS sur la santé psychologique de ses membres révèle d’ailleurs des taux particulièrement élevés (70 %) de détresse psychologique dans les centres de réadaptation physique et intellectuelle.

Ces données ont incité la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST, anciennement la CSST) à cibler, pour la première fois, le réseau de la santé et des services sociaux de manière à «diminuer les lésions des troubles musculo-squelettiques (TMS), des chutes au même niveau et de la violence en milieu de travail».

Et Caroline là-dedans? Nous recommandons à son gestionnaire de ne plus banaliser ce genre d’agression et de prendre quelques minutes pour consulter l’outil de sensibilisation de l’équipe Visage. Il pourra alors prendre en charge le suivi d’un événement comme celui vécu par Caroline, notamment en facilitant sa déclaration au registre des incidents et des accidents.

L’APTS entend participer aux stratégies que la CNESST s’est engagée à mettre en place pour notre secteur, dont la promotion de la déclaration systématique des actes de violence, un moyen simple qu’elle recommandait déjà en 2010 dans un mémoire sur la réforme (toujours attendue… ) du régime québécois de santé et de sécurité du travail.

Notes : * Noms fictifs
 
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Source :
2017-11-20 Couverture LAPTS en revue dec 2017 125X160 L'APTS en revue de décembre 2017
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