Instaurons un moratoire sur toute forme de réorganisation des services
Le réseau de la santé et des services sociaux est plongé dans un perpétuel état de réorganisation. Pensons par exemple au virage ambulatoire du milieu des années 1990, à la création des centres de santé et de services sociaux (CSSS) en 2003, à celle des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et des centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) en 2015 ou encore à OPTILAB. Malheureusement, pendant qu’on ne s’intéresse qu’aux structures, les problèmes concrets auxquels fait face le réseau sont mis de côté. Grâce aux témoignages de ses 55 000 membres, l’APTS est à même de constater que cette surenchère de réorganisation ne parvient à améliorer ni la qualité des services, ni leur accessibilité. C’est pour cela qu’un moratoire sur les réorganisations s’impose afin de consolider les équipes qui donnent des soins et des services et d’offrir au réseau quelques années de stabilité pour pouvoir se reconstruire.

Le nombre d’établissements formant le réseau a déjà été réduit de 68% entre 1990 et 2009 en raison d’une tendance au regroupement administratif, qui s’est concentrée entre 2004 et 2008 à la suite de la restructuration créant les CSSS (1) . Avec la dernière réforme, nous ne comptons plus que 34 établissements pour l’ensemble du Québec, soit cinq fois moins qu’avant le dépôt du projet de loi 10.(2)

Avec les changements découlant de la loi 30, la majorité du personnel éprouvait déjà une perte de repères dans leur établissement, une baisse du soutien clinique sur lequel il pouvait compter et une diminution de l’entraide multidisciplinaire (3). Avec la loi 10, ces tendances ont malheureusement été confirmées. Même si, de l’avis général, il n’est pas viable pour le réseau de lancer une réforme majeure de ses structures tous les dix ans, le personnel y est désormais systématiquement confronté.

L’attention portée aux structures engendre le délaissement des enjeux majeurs que sont l’accessibilité des services, le sous-financement de la prévention et de la première ligne, les difficultés d’accès à un médecin de famille, la continuité des soins, l’épuisement du personnel, etc.

Ces réorganisations successives déstabilisent également les équipes de travail sans pour autant permettre de contrôler les principaux postes de dépenses problématiques : médicaments, rémunération des médecins, etc. Du point de vue clinique, elles nuisent aux communautés de pratique en plus de favoriser certaines missions au détriment d’autres. Ainsi, les approches curatives et hospitalocentriques sont préférées à la prévention. À terme, c’est la santé globale de la population qui en souffrira, notamment celle des personnes les plus vulnérables.

Un moratoire sur les réorganisations

Face à cette situation, il est grand temps d’établir un moratoire sur les réorganisations auxquelles est soumis le réseau de la santé et des services sociaux. Pour consolider ce dernier, améliorer la qualité et l’accessibilité des services ainsi que favoriser la santé psychologique et physique de l’ensemble du personnel, il faut mettre un terme aux réorganisations. Maintenant plus que jamais, le réseau de la santé et des services sociaux du Québec a besoin de constance afin de se reconstruire. Dans le cadre des présentes élections, l’APTS demande aux différents partis ce qu’ils comptent faire afin d’assurer un peu de stabilité à un réseau qui en a grandement besoin.


NOTES
1. L’État québécois en perspective : Le réseau de la santé et des services sociaux, L’Observatoire de l’administration publique, printemps 2012, p. 7-8.
2. Voir site du MSSS 
3. Lever les obstacles à une mise en œuvre réussie, Avis de l'APTS sur les meilleures pratiques en CHSLD et en soutien à domicile – Volet 2, septembre 2017.