Mettons les établissements de santé et de services sociaux à l'heure du développement durable

Selon la majorité des experts en environnement et des spécialistes des enjeux climatiques, il est minuit moins une si l'on veut éviter les scénarios les plus pessimistes en matière de lutte aux changements climatiques. Selon l'Accord de Paris, adopté en 2015 et ratifié aujourd'hui par 196 pays, nous devons mettre en œuvre les moyens nécessaires pour limiter le réchauffement planétaire en dessous de 2° C par rapport aux niveaux préindustriels(1). Ne pas respecter cet objectif aurait des conséquences désastreuses, comme l'intensification des événements climatiques extrêmes (ouragans, sécheresses, inondations, etc.), la destruction de la biodiversité par la fragilisation des écosystèmes et l'augmentation des crises humanitaires liées au climat (accès à l'eau, déplacement de population, famine, etc.).

Au-delà des experts et des spécialistes, l'idée qu'il faille de toute urgence lutter contre les changements climatiques est largement partagée. Malheureusement, les gestes concrets nécessaires ne sont pas toujours au rendez-vous. C'est pourquoi, dans le cadre de la présente campagne électorale, l'APTS veut rappeler aux différents partis qui aspirent à former le prochain gouvernement que des gestes tangibles peuvent et doivent être posés afin d'assurer aux prochaines générations un environnement sain.

Dans ce contexte, il convient de s'interroger sur le rôle que peuvent jouer les établissements de santé et de services sociaux ainsi que le personnel professionnel et technique qui y travaille.

Gestion des matières résiduelles

Les acteurs du réseau de la santé et des services sociaux ont une place et un rôle important à jouer afin de faire en sorte que le développement durable devienne une réalité. Par exemple, rien pour l'instant ne contraint les établissements de santé à se doter de plan d'action en matière de gestion des matières résiduelles (GMR). Les établissements du réseau pourraient pourtant, en raison de l'étendue de leur mission et des populations qu'ils desservent, devenir d'importants agents de changement.

À l'extérieur du réseau, d'autres gestes gouvernementaux simples pourraient être posés afin d'éviter le gaspillage. Prenons par exemple l'instauration d'une consigne sur les bouteilles de vin et de spiritueux(2). En plus de limiter les risques d'accident dans les centres de tri pour les travailleurs et les travailleuses, une telle mesure pourrait faire augmenter drastiquement les cibles de récupération du verre. Actuellement, avec la consigne de 10 ¢ sur la bouteille de bière de 450 ml et moins, les bouteilles sont réutilisées une quinzaine de fois et sont recyclées à près de 100 % !

Mieux gérer les déchets, éviter le gaspillage et mettre en place des structures solides pour récupérer et recycler les matières résiduelles, autant de pistes à suivre!

Investissements responsables


La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a, entre autres choses, la responsabilité de gérer les fonds qui lui sont confiés par la Régie des rentes du Québec (RRQ) et par le Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP). Si la Caisse est souvent présentée comme le "bas de laine des Québécois et des Québécoises", c’est d'autant plus vrai pour le personnel professionnel et technique du réseau de la santé et des services sociaux.

Cette situation amène toutefois à mettre en question le rôle que joue la Caisse dans le développement d'une économie verte et durable. Depuis la signature de l'Accord de Paris, la CDPQ n'a pas ralenti le rythme de ses investissements dans les énergies fossiles. Ceux-ci s'établissaient en 2017 à 18,5 G $, soit 6,2 % du portefeuille total de la Caisse(3). Toujours en 2017, les investissements dans les pipelines par la CDPQ ont même grimpé de 3 G $. Alors que sa direction clame sa volonté de réduire ses investissements dans les énergies fossiles, ceux-ci pourraient atteindre les 23 G $ en 2025(4).

Il est donc important de rappeler à la Caisse qu'elle doit retirer ses investissements des secteurs polluants comme celui des énergies fossiles. En tant que déposant à la CDPQ, les membres de l'APTS peuvent faire pression de deux manières : sur la Caisse elle-même bien évidemment, mais aussi sur le gouvernement, qui a le pouvoir de définir la mission de cette dernière.


NOTES
1. « Accord de Paris », Nations Unies, 2015.
2. Capsule vidéo produite par le magazine Protégez-vous, qui explique succinctement les enjeux entourant l’instauration d’une consigne sur les bouteilles de vins et de spiritueux
3. Collard Sébastien, Analyse des placements fossiles de la Caisse de dépôt et de placement du Québec en 2017, Sortons la Caisse du carbone, 2018.
4. Voir : http://sortonslacaisseducarbone.org/