Allocation d'ouverture de la présidente, Carolle Dubé

Lundi 7 mai 2018


carollediscoursBienvenue à nos invité·e·s du monde syndical, à nos partenaires d’affaires et commanditaires du congrès ainsi qu’à Dominique Verreault, la première présidente de l’APTS. C’est un honneur de vous avoir parmi nous.

Bienvenue, bien sûr, à toutes les personnes déléguées, à celles qui sont des habituées des conseils généraux et à celles pour qui c’est une première. Je sais que c’est un investissement de temps important que de se préparer pour un congrès comme celui-ci et d’y assister pendant quatre jours. Je vous félicite pour cet engagement et, à l’avance, pour votre participation.

Bienvenue aussi à nos employé·e·s de longue date comme à celles et ceux qui se sont joint·e·s à nous dans la dernière année. Plusieurs ont contribué à la préparation de ce congrès et je leur en suis très reconnaissante.

Je salue enfin les membres du conseil d’administration et mes collègues du comité exécutif. Nous avons traversé ensemble deux années de grand bouleversement. Nous avons ramé depuis 2016 mais je pense que notre effort en valait la peine. Même si on ne peut pas dire que l’attitude de ceux qui nous gouvernent constitue un vent favorable, nous avons su naviguer et nous avons réussi à garder le cap.

BILAN DE LA CATASTROPHE
Permettez-moi un retour en arrière. Quand nous avons constaté, dès 2015, l’ampleur des bouleversements administratifs qu’allait entraîner la création des centres intégrés, nous avons vite compris qu’une bonne partie du temps et de l’énergie que nous aurions voulu consacrer à l’amélioration de vos conditions de pratique et des services allait être absorbée par l’adaptation à ces changements. Pas seulement pour nous du monde syndical, mais aussi par les gestionnaires et les dirigeants du réseau qui ont aussi été déstabilisés.

En matière de gouvernance, il n’y a plus qu’un seul conseil d’administration par grande région, ce qui limite les possibilités de la population et du personnel de se faire entendre. La disparition du poste de Commissaire à la santé et au bien-être prive le système des évaluations objectives de l’incidence des décisions ministérielles. Nous avons aussi perdu des forums d’échange entre les décideurs et les principaux acteurs du réseau, incluant les syndicats.

Ce « ménage » qu’a fait le ministre Barrette représente une perte, non seulement du point de vue de la démocratie, mais aussi de l’efficacité, voire de la performance si chère au ministre. Son ministère est maintenant privé des antennes qui lui donnaient accès à la réalité du terrain, à une rétroaction sur les décisions qu’il prend et à des pistes de solution pour résoudre les problèmes. Plus que jamais, les directions d’établissements, qui sont évaluées selon leur performance budgétaire, sont soumises aux orientations dictées par le ministre.

Au début des discussions sur le projet de loi no 10, nous nous inquiétions de ce qui allait advenir des différentes missions, susceptibles de souffrir de leur intégration à la grande structure des centres intégrés. Nous avions vu juste. On n’a qu’à penser au désinvestissement de la prévention et des CLSC au profit des groupes de médecine de famille (GMF), et à cette fâcheuse tendance à médicaliser la réponse aux problèmes sociaux.

La réforme s’est soldée par une hausse importante de la détresse psychologique – une réalité que l’APTS a documentée avec un sondage pour prouver qu’on ne criait pas inutilement au loup, de l’absentéisme et des dépenses en assurance salaire. Ce qui est une contre-performance, du point de la gestion performante recherchée.

Les critiques des réformes des dernières années ont été nombreuses et très sévères. Qu’on pense aux deux derniers rapports annuels du Protecteur du citoyen, signés en fait par deux protectrices, Raymonde Saint-Jean et Marie Rinfret. Elles ont toutes deux été très claires sur les ratés du système tel que réformé.

Je cite madame Saint-Jean en 2016 : les critères administratifs ont un poids plus important que les critères professionnels pour déterminer l'accès aux services et leur intensité. De sorte que des personnes sont privées de services dont elles ont pourtant cruellement besoin.

Un an plus tard, madame Rinfret ciblait particulièrement les services aux personnes âgées en soulignant que le nombre de plaintes avait augmenté de 30 %, que l’offre de service de soutien à domicile avait diminué dans l’ensemble du Québec, qu’il y avait un manque criant de places d’hébergement et que l’« harmonisation » des services ressemblait plutôt à un nivellement vers le bas. On ne peut pas dire que la «performance» est au rendez-vous.

Ce ne sont pas les syndicats qui le disent mais de hautes fonctionnaires, tenues à la rigueur des faits.

Les critiques adressées au ministre et à sa réforme par les associations de cadres et de gestionnaires ne sont pas tendres non plus. Elles déplorent tout comme nous la perte des instances démocratiques, les compressions, les commandes déraisonnables et même la privatisation.

Les experts des systèmes de santé, les éditorialistes et les commentateurs qui ont fait le bilan de la réforme Barrette parlent d’improvisation, d’un modèle qui n’a été éprouvé nulle part, de manque de données probantes, d’erreur de conceptualisation et d’approche. Notamment, parce qu’on sait que pour faire une transformation en profondeur, il faut investir dans le changement, dans l’espoir qu’il rapportera plus tard. Or, la réorganisation a plutôt coïncidé avec les années d’austérité du gouvernement libéral. On sait aussi que la méthode forte, caractéristique du style du ministre Barrette, ne peut fonctionner dans une démarche qui nécessite avant tout la collaboration.

À l’approche d’une nouvelle campagne électorale, les annonces de réinvestissement se multiplient ici et là ; de nouveaux millions pleuvent sur le réseau. La manœuvre est grossière. Nous avons un rôle à jouer, comme syndicat et comme syndiqué·e·s pour la dénoncer, ainsi que pour restaurer et protéger notre réseau de santé et de services sociaux.

PERSPECTIVES IMMÉDIATES
Le ministre a usé de tout le pouvoir – et il s’en est arrogé beaucoup − pour nous organiser, dans le sens québécois, péjoratif, du mot. Mais nous avons résisté, non sans perdre du monde en route, comme en témoignent les taux élevés d’assurance salaire − qui d’ailleurs affolent les gestionnaires, et avec raison.

L’APTS s’est réorganisée en misant sur ses forces. Nous devons poursuivre dans cette voie pour faire face aux nouveaux défis qui nous attendent. Cette étape d’un congrès axé sur les statuts de l’organisation est nécessaire avant de passer à d’autres étapes où il sera davantage question d’orientations et de stratégies d’action.

Les structures syndicales à l’ordre du jour du congrès sont importantes pour deux raisons. D’abord, parce qu’une organisation syndicale doit être démocratique et représentative des gens qui la composent. Pour ce faire, il faut s’assurer que la voix de tous les groupes soient entendues. Maintenant que l’APTS regroupe 55 000 personnes réparties presque partout au Québec dans toutes les missions associées à la santé et aux services sociaux, il faut s’assurer que ses structures de représentation politique reflètent cette diversité, ce large éventail qui va de la technologiste médicale qui travaille dans le laboratoire d’un hôpital de la Côte-Nord à un psychologue qui intervient auprès des jeunes en difficulté confiés à un centre jeunesse de Montréal.

Les structures syndicales ont un impact quand vient le temps de dire au nom de qui on s’exprime. Quand l’APTS s’adresse aux médias ou au ministère, sa voix porte davantage du fait qu’elle parle au nom de presque tous les professionnel·le·s du Québec qui travaillent dans un domaine donné dans le réseau public.

De plus, quand une annonce est faite dans une région et que, par notre structure nationale, nous observons qu’une annonce équivalente a été faite dans telle et telle autre région, nous en concluons qu’il s’agit d’une directive ministérielle imposée partout. Nous savons ainsi qui interpeler pour avoir des explications quand la directive s’avère contre-productive.

Cette représentativité que nous voulons renforcer par nos décisions au cours de ce congrès deviendra une force pour réclamer qu’on mette fin aux réformes administratives et qu’on ramène la dimension clinique à l’avant-plan, et pour exiger le respect de l’autonomie professionnelle et de vos conditions de pratique. Ce sont ces valeurs que nous voulons voir au cœur des services.

Il est impératif de rétablir des forums d’échange entre les décideurs et les syndicats de manière à ce que le personnel soit partie prenante des décisions concernant l’organisation du travail et la dispensation des soins, de manière aussi à s’assurer que les décideurs aient une vision juste et complète de la réalité sur le terrain. Notre force représentative est un outil pour les forcer à nous entendre.

Ce sera notre priorité pour la période à venir. Une période axée sur la négociation locale à conclure. Comme c’est là un enjeu absolument déterminant pour nos membres, nous leur demanderons de se mobiliser et de nous faire confiance. C’est une autre raison pour laquelle les décisions que nous prendrons ensemble au cours des prochains jours sont importantes, parce qu’il faut que nous ayons confiance en nos structures, en notre organisation, pour rallier les salarié·e·s et les amener à être solidaires et à le manifester.

PERSPECTIVES POLITIQUES
Les structures que nous nous donnons maintenant et la solidarité que nous voulons inspirer serviront également des objectifs plus larges de défense, non seulement des droits syndicaux, mais aussi des droits sociaux.

Dans le passé, avant d’être contrainte à la compétition intersyndicale par les événements, l’APTS s’était alliée à d’autres organisations afin de constituer une opposition organisée pour défendre les services publics et plus globalement pour contrer la droite au Québec et au Canada. La solidarité intersyndicale est appelée à prendre d’autres formes sur lesquelles nous aurons à nous pencher dans de futures assemblées.

Nous voulons aussi consolider les liens développés depuis quelques années avec d’autres organisations de la société civile, des regroupements, des coalitions, dont nous partageons les luttes. Les occasions ne manquent pas de s’engager comme organisation pour protéger le bien commun, réclamer un meilleur partage de la richesse et favoriser la justice sociale. Dans de prochains congrès, nous aurons à en discuter et collectivement à faire des choix.

Nous aurons à déterminer comment nous voulons voir évoluer notre organisation, dans quelle direction nous dirigerons nos efforts de développement, quels comités nous voudrons créer, etc. S’entendre sur nos structures n’est que l’amorce d’un cheminement que nous devrons poursuivre, de conseils généraux en congrès, pour faire de l’APTS une organisation influente, en mesure de mobiliser l’ensemble de ses membres, de participer aux débats publics et de faire bouger les choses.

La prochaine campagne électorale sera un premier défi politique à relever pour tester notre cohésion et notre pouvoir d’influence. Avec en main une analyse des plates-formes des différents partis, faite à partir des valeurs adoptées par notre organisation, nous devrons passer en mode action pour interpeler les candidates et candidats et pour informer nos membres. Donnons-nous le mandat de les aider à se poser les bonnes questions pour faire un choix éclairé le 1er novembre prochain.

Comme syndicat nous pourrions avoir à faire face à un gouvernement encore plus hostile à nos valeurs. Face au prochain gouvernement, quel qu’il soit, nous voudrons être d’attaque. Il devra comprendre d’emblée qu’il a désormais affaire à une opposition organisée prête à dénoncer haut et fort toute manœuvre visant à privatiser en douce la santé et à s’en prendre au bien commun.

Le réseau de santé et de services sociaux a besoin de notre unité, de notre solidarité, de la force qu’elles donneront à notre organisation, pour retrouver son âme, pour que nos 55 000 membres aient encore envie d’y travailler, pour que la population ait confiance que nous sommes là pour elle et que ce n’est pas le privé qui va régler les problèmes.

Voilà. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un bon congrès et à nous souhaiter de fructueuses délibérations. Je vous remercie de votre attention et j’ouvre donc officiellement ce 7e congrès de l’APTS.
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