Loi-cadre sur la conciliation famille-travail-études

Tout le monde manque de temps. Notre quotidien se passe le plus souvent à courir : le matin pour aller porter les enfants à la garderie, dans la journée pour faire tout ce que le travail exige, pour préparer le souper dans l’espoir d’arriver à l’heure à son cours du soir… Courir, courir, courir! Ce rythme effréné reflète la réalité quotidienne des professionnel·le·s et des technicien·ne·s de la santé et des services sociaux en raison de la surcharge systématique et de la pression à la performance qui sont leur lot quotidien.

Ce manque de temps est plus intensivement vécu par les personnes qui cumulent quelques-unes des caractéristiques suivantes : travail à temps plein, responsabilité parentale, rôle de proche aidant, études, implication sociale, bénévolat, etc. Comme ce cumul est souvent une réalité féminine, il convient de réfléchir à l’enjeu de la conciliation famille-travail-études du point de vue des femmes.

Pour bien comprendre de quoi il est question, attardons-nous sur la composition du groupe de la population déclarant ressentir le plus la pression liée au manque de temps. Sans surprise, la personne type de ce groupe serait une femme âgée entre 24 et 54 ans, ayant des enfants (plus précisément de jeunes enfants) et un emploi à temps plein. Systématiquement, ce groupe voit les heures de sa journée accaparées par ses responsabilités prendre le pas sur le reste . Ainsi, les personnes qui vivent une intense pression par rapport au manque de temps disposent en moyenne, quand on les compare aux gens qui ne sont pas dans cette situation, de 48 minutes de moins par jour pour accomplir leurs tâches personnelles (dormir, manger, se laver, etc.) et de 3 heures de moins à consacrer à leurs temps libres. En contrepartie, toujours en moyenne, elles doivent accomplir 3 heures 34 minutes de temps productif en plus !

Il n’est donc pas seulement question d’une « impression » de manque de temps, mais bien d’une réelle pression ayant des effets dommageables sur la qualité de vie et la santé mentale : problème de dépression, anxiété, surmenage, etc.

Encore une fois, il convient d’insister sur le caractère genré du problème. Non seulement parce que les femmes ont plus souvent des conditions de vie plus précaires que les hommes (elles représentent, par exemple, 58 % des employé·e·s au salaire minimum et sont à la tête de 76 % des familles monoparentales du Québec ), mais aussi parce qu’encore aujourd’hui, les Québécoises doivent accomplir un surcroît de tâches domestiques qui s’ajoute aux heures normales de bureau.

Prenons deux cas types pour illustrer cette situation et aider à comprendre en quoi elle est liée à l’enjeu de la conciliation famille-travail-études. Quand on décortique le partage des tâches domestiques dans un foyer composé de deux adultes, nous arrivons à des résultats marquants . Dans le cas où les deux adultes travaillent à temps plein, la femme effectuera 13,9 heures de tâches domestiques par semaine en moyenne, contre 8,6 heures pour son conjoint. Ce qui revient à prendre un supplément de 62 % directement dans le temps libre des femmes dans cette situation. Dans le cas d’un couple où la femme travaille à temps plein et l’homme à temps partiel, la première devra toujours consacrer 18 % plus de temps que son conjoint aux tâches domestiques.

En fait, le seul cas de figure dans lequel les femmes et les hommes se partagent équitablement la responsabilité des tâches liées à la maison, c’est dans une situation où la femme travaille à temps plein et l’homme est sans emploi!

Pour l’APTS, ce genre de constat demande une action vigoureuse de la part du gouvernement. Il est temps d’agir pour la santé et le bien-être des Québécoises de tous les horizons, et plus spécifiquement de celles qui tiennent, au jour le jour, notre réseau de la santé à flot!

Pourquoi une loi-cadre?


Pour faire de la conciliation famille-travail-études une priorité, il faut s’assurer que des dispositions structurantes soient mises en place. C’est pourquoi l’APTS réclame l’instauration d’une loi-cadre à cet effet. À l’ère où notre réseau de la santé et des services sociaux se caractérise par une surcharge systémique imposée aux salarié·e·s ainsi qu’un mode de gestion avide de performance qui applique une pression abusive sur le personnel, il est impératif que le gouvernement québécois protège plus adéquatement les travailleuses et les travailleurs.

Un bon premier pas est d’ajouter du temps de repos par l’extension des périodes minimales : cela permet aux salarié·e·s d’être plus reposé·e·s, ce qui réduit leur taux d’absentéisme au travail et le nombre de journées de congé prises en raison de maladie ou d’obligations familiales . Pour l’APTS cependant, une loi-cadre permettrait d’aller un cran plus loin en rendant possible une démarche obligatoire forçant les employeurs du Québec, notamment ceux du réseau de la santé et des services sociaux, à intégrer la prise en compte de la conciliation famille-travail-études dans l’organisation des horaires et, plus globalement, dans la structuration générale des activités de leurs employé·e·s. Pour nous, il s’agit là de marquer avec force l’engagement du gouvernement québécois à améliorer avec des gestes, et non simplement des mots, la qualité de vie de toutes et tous!


NOTES
1. Gravel, Marie-Andrée, « Les journées des Québécoises et Québécois en manque de temps », dans Données sociodémographiques en bref, vol. 2, n°3, ISQ, juin 2018.
2. Idem.
3. Idem.
4. « Les travailleurs rémunérés à moins de 15 $ l’heure au Québec et au Canada », dans Cap sur le travail et la rémunération, n° 8, ISQ, avril 2017.
5. « Statistiques de santé et de bien être selon le sexe – Tout le Québec : Familles monoparentales », données provenant du site Internet du ministère de la Santé et des Services sociaux. 
6. Les données qui suivent sont tirées de : COUTURIER, Eve-Lyne et POSCA, Julia, Tâches domestiques : encore loin d’un partage idéal, Montréal, IRIS, 2014.
7. COUTURIER, Eve-Lyne, Le Québec a besoin de plus de vacances, Montréal, IRIS, 2017.
Plateforme politique : Pour faire face aux nouveaux défis, Coalition pour la conciliation famille-travail-étude, décembre 2016.